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| Mehringdamm |
il faut écrire — Amour
puis lire et relire la destination
souvent se perdre le coeur érige une capitale
en long dédale capiteux
mais rien n'efface les émotions
quand elles se plantent
un bijou n'est pas un bijou
il brille par son absence
tout au fond de nous
— un parc
entre les flammes des âmes
voilà, notre existence !
◊
Les uns déclinent tout ordre, les autres ordonnent. Cet ordre ne faisait état de rien, ni de son origine ni de sa visée. Seuls les papiers font état d'identité, de cet état on n'expulse personne, il ne manquerait plus que ça. Nous ne sommes pas envieux du bonheur des autres. Nous remplissons des ordres, faisons état d'ordonnances, ordres d'interner ceux qui devraient en réalité être expulsés. Nos sifflets conspuent même le pauvre réfugié. Et ça ne suffit pas. Le vent joue à se tripoter, le vent veut aussi s'amuser, il vient, il jouit !,ça lui vient, ça gémit, ça gémit. Quelque chose cliquette par ici. On pare la mariée. Comprenez-vous ce que ça signifie, on pare la mariée ?, pour qu'elle semble plus riche et que quelqu'un lui plante une enseigne, je veux dire, quelqu'un lui implante la vérité ? Mais derrière la vérité se planque toujours quelqu'un, derrière la vérité se cache toujours une tête bien faite qui au bon moment la retient.
_ Elfriede Jelinek,
Winterreise,
Traduit de l'allemand (Autriche) par Sophie Andrée Herr
[Éditions du Seuil]