Débarrasse-toi des arrangements, la musique n'est pas un caprice. Elle ne tient pas à l'exigence. Écoute-la, elle sort quand tu t'absentes du doute, elle rentre en toi quand tu n'attends pas. Ne pressens pas l'inutile et l'inconvenable. La musique est partout, sous l'épaisseur du désir, sous le voile de l'illusion. Ce que je te dis là est irréfléchi. Il ne faut pas de grands moyens pour la reconnaître si tu entends vivre de sons sans la demande de l'oreille. Je t'écris et tu ne sais pas que c'est à toi que j'écris, la musique vient sans s'annoncer. Elle ne cherche pas les mots, le vocabulaire fuit son élan. La musique est ce silence parlé que l'émotion forme. C'est l'impossibilité d'un coup de force et la négation de l'impossible traversant le monde ― compositions d'images bruyantes. Saisie de son approche sensible qui détourne l'immédiat. La question qui ne permet pas qu'on l'entende comme immédiatement sensible ― la pause en elle ― l'intermittence ou le battement. Là où le vide trouve le chant, permet l'échange. L'autre jour, l'autre libéré de sa langue. Se tenir à l'écoute, doucement, je t'écoute.
vendredi 17 avril 2026
jeudi 26 mars 2026
Avec les larmes, de joie, du peuple, d'une nécessité
Je t'ai cherchée dans des dictionnaires
et je n'ai pas trouvé ton sens.
Où est ton synonyme dans le monde ?
Où est mon synonyme dans la vie ?
Je suis impair.
_ Clarice Lispector, Un souffle de vie (pulsations)
Trad. du portugais (Brésil) par J. et T. Thiériot
Ed. des femmes Antoinette Fouque
synesthésie | percevoir
[Roubaix - mars 2026]
lundi 16 mars 2026
Quand bien même
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| une envie entière |
j'ai l'impatience de vivre l'inconnu, de l'entendre
d'une manière ou d'une autre
révéler l'acte poétique et l'acte de vivre
les similitudes le son ultime
d'une langue en verbe
éparpillée
— vie, mort, renaissance —
remarquer, renaître n'est pas une nouveauté
c'est dire qu'il n'y a pas de véritable commencement
alors, je vais, je viens aux voies sensitives
détachée des sens uniques
mardi 3 mars 2026
L'eau monte - beaucoup
| en musique |
il s'enroule à la mémoire anarchique et sans défense
lorsque arrive un nouvel état affectif
pas seulement adverbe du tout de l'intensité
lire le mot c'est entendre le mouvement
et la vibration de son empreinte
un coup fourré
un coup franc
un coup fatal
vendredi 20 février 2026
Le prétexte
| aspérités |
d'abord la colère passagère
la même qui grandit et qui vieillit
dans les plis et l'impatience des doigts
le refus d'être à la superficie d'une matière
je déborde souvent quand je verse les mots
alors je fais ce qui est impossible autant qu'être
il n'y a pas de douleur facile dans l'étreinte des verbes
c'est vrai, ma voix intérieure m'exalte comme le risque
j'aime voir les cordes vocales en reliefs géographiques
et dans la pénombre il est difficile de reconnaître
cette fidélité de l'obsession de l'amour
samedi 14 février 2026
La fin de l'écriture
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| la persienne |
si elle n’écrit pas la main remue la nuit et avec elle tout est là - troublant les visages la chaleur l’odeur du sel dans le couloir au fond humide le nom de toutes les peaux qu'elle aime
quand une chose est dite elle est indélébile
parce qu'elle a touché l'infinitif du verbe
elle se fond aux faits du profond dedans
elle se cogne aux parois du doute
elle se dénude au sang
cette trace gravée
le long des doigts
la main ouverte et refermée
j'ai parlé sans ponctuation
la respiration bruyante
et toujours en souriant
vient l'immensité
de l’obscurité
je suis cette chose encore étreinte
en posant ma paume sur son ombre
en marchant à l'intérieur de moi
mais il doit être tard je ne vois plus rien
égarée dans le puits d'hier éblouie par le geste
ici la nuit invite le jour au drapeau rouge
au retournement du miroir des mots aurais-je écrit la mort dans un chuchotis ?
encore ...
et la main distille encore le miel noir de ma bouche une nuit dévoilée un jour égal et encore ce n'est rienmercredi 4 février 2026
La respiration du dahlia
J'ai pensé que nous avions des parents
pour nous permettre seulement de pouvoir les embrasser
et sentir leur odeur, pour le plaisir
_ Marguerite Duras, La vie tranquille
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| état civil |
je vous écris cette lettre du jardin de ma mère
de parler d'amour la nuit, je vous écris du rêve d'y être encore
est-ce sentir l'air d'un corps, est-ce l'écouter derrière sa faiblesse ?
il n'y a plus de lumière de plein été près des buissons épineux
les mauvaises raisons de la vieillesse m'ouvrent le ventre
il y a une odeur fraîche qui danse sur l'herbe du nombril
elle monte elle descend tous les accords des fleurs
elle ne sait plus courir à toujours chercher
l'évidence derrière les yeux pleureurs
je vois là l'horizon se tromper de jardin
comme l'incertitude de mes mots allongés
les ombres apparaissent avec l'odeur du temps
et le souffle mouillé contre le rêve blanchi
c'est le fol éveil de l'aurore tubéreuse
dimanche 25 janvier 2026
Irrésistiblement, les baies
Et pourtant il semble que déjà elle a pris possession du jour,
qu'elle s'insinue en lui, le fascine, l'altère,
devient le travail d'un autre jour.
_ Maurice Blanchot,
Celui qui ne m'accompagnait pas
Ed. Gallimard
| Mû | Montpellier - décembre 2017 |
j'ai rouvert la chambre des carnets, cette grande boîte géométrique, qui pourtant n'a la limite de l'espace que de ce que je veux en dire. dire pour ne pas atteindre la frontière d'une parole manquée. il est huit heures et ses minutes en miroir, je n'ai pas voulu me réveiller. je lève la main pour parler, c'est idiot. je ne désire plus, je désire toujours, c'est ma meilleure contradiction. quand j'entre dans la chambre, je vois les plus beaux moments de mes visages endormis, des noms silencieux. toujours personne à m'écouter, toujours la chanson au vent chaud ivre de sa sobriété. le mur de la chambre a aspiré les deux fenêtres du passé, je n'y peux lire maintenant que la confusion du coeur, la nuit, quand le choix devient une porte. dans le tremblement du rêve avant l'aurore, les visages apparaissent, effacés, mystérieux...
samedi 17 janvier 2026
Une si petite envie d'existence
[Roubaix - janvier 2026]
samedi 10 janvier 2026
À partir de la fin pour aller au commencement
D'incidents en accidents, de catastrophes en cataclysmes, la vie quotidienne devient un KALÉIDOSCOPE où nous affrontons sans cesse ce qui vient, ce qui survient inopinément, pour ainsi dire ex abrupto ... Dans le miroir brisé, il faut alors apprendre à discerner CE QUI ARRIVE, de plus en plus souvent, mais surtout de plus en plus rapidement, de manière intempestive, voire simultanée. Devant cet état de fait d'une temporalité accélérée qui affecte les mœurs, l'art aussi bien que la politique des nations, une urgence s'impose entre toutes : celle d'exposer l'accident du Temps.
_ Paul Virilio, L'accident originel
Ed. Galilée - coll. L'espace critique
| les éclats du miroir |
Vitesse des jours, du voyage la nuit, des perceptions
dans l'air imprévu d'une précision optique et dire que le temps presse
c'est en parcourant secrètement l'ombre de chaque mot et tout verbe d'âme
donner, façonner, chatonner, abandonner
moi à travers l'Autre, toi à travers l'image éloquente
ici, elle a tourbillonné à la première rosée d'un sourire
elle a laissé tomber une larme...
puis un océan goutte à goutte
sans style ni qualité aveuglante
à ce rien de grave qui la tient
jusqu'au frémissement
de l'accident
dimanche 4 janvier 2026
L'ennemie du mépris | Je suis ce qui me manque
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| tenir parole |
c'est exactement ce que je n'attendais pas
être au seuil d'une surprenante, profonde rêverie
l'innocence des larmes à laquelle je ne croyais plus
avec des éclats de rire que l'émotion illumine dans le giron de l'intime
l'amplitude d'une vérité, ce qu'elle retient sur le chemin de la lecture
la chair de l'ombre longtemps mûrie sous la mienne et qu'il faut écouter
toute la musique interdite mais sentie dans les yeux irresponsables
je peux dire que les années m'ont révélé le goût des formes particulières
avec la température du corps que les approches, les détours, l'art engendrent
— sais-tu comment se mesure la sincérité ?
parfois par des mots simples, j'ai nettoyé la cuisine de l'hypocrisie
des grands mets chauds puis froids devenus tièdes,
des couverts brûlants, leur mépris en reste
oui, je peux lever un jour et crier silencieusement au monde
du monde qui donne sa science aux jugements paralytiques
je comprends la jeune femme que j'étais, hors du cortège
celle qui n'entendait pas l'ordre de la négligence
je pense encore que " s'éviter " exige tout de soi
mais que les changements sont continus dans la marche
alors aller au-delà de soi
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J'étais ignorant et sot, démuni de tout, faible de toute la faiblesse du monde et encore affaibli de mon stupide orgueil et de ma volonté sauvage de rêver encore (pas même conscience de ma volonté de bête de rester dans le rêve), mais quelque chose en moi prévoyait où j'allais, me tenait sur mes gardes, m'obligeait à une absurde et sublime - oui, sublime - réserve, quelque chose qui me donnerait aujourd'hui envie de pleurer, de reconnaissance, devant cette infinie prévoyance, infiniment douce, attentive et tenace, et bornée, maternelle et bestiale, ma prévoyance à l'égard de moi-même, la profonde et farouche mère que j'étais à l'égard de moi-même comme fauve.
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Rester pauvre et toujours ignoré.
[Fragments d'âme, 1938-1993]
extraits : p. 86 « Moraliste », en effet / p.94 Le drame d'écrire
La fabrique éditions




