samedi 25 juillet 2026
mercredi 22 juillet 2026
L'attention levée à ma bouche
| musica - Barcelone 2021 |
dimanche 19 juillet 2026
Le fascisme se déverse, l'écriture est touchée
« La nuit a des fleurs carnivores que la lune elle-même ne peut rassasier. Que même le lait du matin ne peut rassasier. Que même le lait des étoiles ne peut rassasier. Que le torrent lunaire lui-même ne peut calmer. »
| le fascisme se déverse, l'écriture est touchée |
_ Charles Péguy, Deuxième élégie XXX
[Éd. Gallimard p.130 et 137]
dimanche 12 juillet 2026
Le travail de nos mers : les rivages, les visages et les mains
Il est étrange qu'il y ait toujours quelque chose de secret
- et d'incompréhensible dans un bon récit.
L'histoire paraît effleurer en nous des yeux encore clos
- et nous nous trouvons dans un tout autre monde
quand nous revenons de sa région.
_ Novalis, Art et utopie
[les derniers fragments]
| voici le chant |
d'abord il y eut l'influence du feu
une combustion douce et lente
des éclats d'accord de la langue
et des mots qui semblaient s'étendre de l'état
de lumière ainsi à l'égard des rêveries, de ce feu subtil
sans le savoir, nous cherchions toutes quelque chose
et peut-être quelque chose de fatal, sur le soleil, l'eau
dans le tréfonds de nos épreuves et les nuits nerveuses
un secret bien gardé, une toile d'origine
nos différences, nos ressemblances
| le complexe de l'eau |
la vague que l'on voit s'élever
à la surface des lèvres
une expérience grandie
sur le feu de la mer
ouvrage textile collectif et lecture de texte
habitantes du quartier Pile
[en partenariat avec La Condition Publique - Roubaix]
dimanche 21 juin 2026
En voyant la vague, être dans de beaux linges
![]() |
| arrebatada |
je questionne l'écriture
elle redéfinit ce qu'est la beauté
descend au fond de ma poitrine
le travail, les vertus se cabrent
à l'intérieur de l'écriture
je m'enfonce lie mouvant je m'enfouis
jusqu'aux eaux de l'appel
je délire des ondines
irraisonnablement
cultivées dans les cellules intimes
c'est ce que je suis
percée des mots
le lait jailli de la racine
le cri murmuré
l'art d'aimer
▫
_ Federico Garcia Lorca, Las Nanas infantiles / Les Berceuses
extrait p. 30/31. Trad de l'espagnol par Line Amselem
Éditions Allia
lundi 25 mai 2026
Un mot à celui qui ne parle pas
Le plaisir est d'excitation et d'illusion,
de désarroi consenti, de chutes rattrapées,
de chocs amortis, de collisions inoffensives.
_ Roger Caillois,
les jeux et les hommes
Le masque et le vertige. Éd. Gallimard
![]() |
| l'isthme de la voix |
Ce qui vient n'est pas mûr, enfin, je vais essayer de mourir dans les prémices d'un texte. Je vous tends mes yeux fermés et peut-être, toucherez-vous le mot. Il n'y a pas d'élan parfait, pas de forme idéale afin que la parole existe. Vous vous êtes rappelé à mes fenêtres, j'avoue toutes les colorations que j'ai données à votre regard distant. Je mélange tout, la colonie de mes blessures et la fougue des instants. Je ne sais pas comment parler sans longuement dévisager votre nom, le désert, la musique de l'absence. Le fruit de ma voix a encore quelques facettes vertes, le vertige de vivre dans les hautes herbes — entre mes hanches vacillantes, langue sortie, je voudrais vous absorber crûment. Un effeuillement du silence. Vous fondre dans mon corps, vous engloutir voracement. Note bleue, nom à dire, vibration pourpre, et de pas oublier que j'entends avec les lèvres. Abolition des classes de l'écriture, je souligne mes petites cellules intérieures aussi vivantes que les titres des livres que vous approuvez. L'intimité entre la couleur et le sentiment est passionnante. Délimitations non-limitées, l'âme étendue sur la feuille blanche, je perce le membrane du moi. De colère heureuse, de joie-entière-attention — la vie, quoi — larme secrète dans les dunes de ma poitrine, le mot tâtonne. Le verbe libre que vous êtes dans l'aile-dame de mon corps, sans égard à sa couleur — quelque chose qui pique et qui s'en va. Que voulez-vous, comme tout être-fini, je m'étire comme une charade, déterminée, éparpillée, déconcertante, conjuguée au jeu, et c'est être-dame, un portrait un peu pile un peu face sur le tapis multicolore du langage. La chance des images n'est-elle pas de faire parler ?
mercredi 13 mai 2026
Elle est le débat ardent
samedi 9 mai 2026
Laisser partir
![]() |
| l'organicité |
Lomme.
Habiter un lieu dévasté.
Par-dessus l’affection, le quitter.
Maelstrom de treize années passionnelles — nuit longue vers une douceur hérétique.
Fenêtre ouverte de la baie vitrée — lune haute au sein du temps — Vénus arrachée du ciel — pluie grave brûlante des paupières. Juin dicte une lettre. Elle doit partir.
Elle sait maintenant qu’il retrouve d’autres mains que les siennes, que ce qui est entamé ne revient jamais entier. L’amour vide les mots et les organes longuement serrés. Le corps exulte la responsabilité d’être femme et mère. Instant d’extase et de douleur. Elle doit partir.
Elle regarde la vigne qui court dans le jardin, l’ivresse est partout. Elle rêve. Elle ne rêve pas. Elle se sent malade, d’un mal qui dit la présence d’un ordre, qu’elle refuse. La vigne l’étrangle. Elle doit partir.
La maison est assez grande, l’espace est traversé de malices, sort après sort, un lieu en mille éclats. Il y a des pièces démocratiques où des ombres débattent. Des vêtements chinés s’accordent dans l’atelier, ils font l’amour en mémoire de l’art. Une beauté que le fascisme ne détruira jamais. Les murs sont blanc cassé, de la couleur intérieure d’une coquille brisée. Les étages sont constellés de dessins qu’elle a tracés et qu’elle affleure avant de s'asseoir à la vieille table venue de la Martinique, un geste fier d’un tremblement de vie. De l’enfer ou du paradis, la mort existe.
La maison tourbillonne avec la vigne, elle emporte tout — la création et la raison — des foules de feuilles vierges retombent et parfument le linge du lit. Cela dit comment la joie est insoumise à quoi ou qui que ce soit. Retournée en elle — libre de refuser l’ivresse, et pourtant abandonnée en elle-même. Elle se caresse. Elle doit partir.
La lumière du jour travaille mais la nuit reste interminable. Elle ouvre le corps et plus subtilement les liens du passé, l’hostilité de la jungle, de la maison. Comment est-ce possible ? L’aube tout de même arrive et sa cohorte de souvenirs irréparables, elle dégaine le tarot, tire une carte, c’est celle de l’Amoureux. La poésie n’en a rien à faire. Elle tire une deuxième carte puis une troisième, les cartes en éventail dans la main assassine. Le corps répète qu’il aime et qu’il n’aimera qu’un homme. Les visages des images déformés par les larmes, soudainement, plus rien n’est familier.
Les lucioles, les danses, les chants, les déguisements des enfants, la chaleur des baisers — le père a descendu les petits trésors de leurs jeux. Fière qu’il n’y ait jamais eu de prière, de promesse, elle tient fortement la blessure du départ, les portes ont morflé. En quoi la vigne rayonne, engloutit le grand escalier en bois du jardin — la maison, l’esprit et la liberté de l’homme. Avec lenteur, elle emporte la mort, l’enfance et les laminaires du langage.
L’aimait-elle tant que ça ?
vendredi 17 avril 2026
La nuit et le jour s'écoutent
Débarrasse-toi des arrangements, la musique n'est pas un caprice. Elle ne tient pas à l'exigence. Écoute-la, elle sort quand tu t'absentes du doute, elle rentre en toi quand tu n'attends pas. Ne pressens pas l'inutile et l'inconvenable. La musique est partout, sous l'épaisseur du désir, sous le voile de l'illusion. Ce que je te dis là est irréfléchi. Il ne faut pas de grands moyens pour la reconnaître si tu entends vivre de sons sans la demande de l'oreille. Je t'écris et tu ne sais pas que c'est à toi que j'écris, la musique vient sans s'annoncer. Elle ne cherche pas les mots, le vocabulaire fuit son élan. La musique est ce silence parlé que l'émotion forme. C'est l'impossibilité d'un coup de force et la négation de l'impossible traversant le monde ― compositions d'images bruyantes. Saisie de son approche sensible qui détourne l'immédiat. La question qui ne permet pas qu'on l'entende comme immédiatement sensible ― la pause en elle ― l'intermittence ou le battement. Là où le vide trouve le chant, permet l'échange. L'autre jour, l'autre libéré de sa langue. Se tenir à l'écoute, doucement, je t'écoute.
jeudi 26 mars 2026
Avec les larmes, de joie, du peuple, d'une nécessité
Je t'ai cherchée dans des dictionnaires
et je n'ai pas trouvé ton sens.
Où est ton synonyme dans le monde ?
Où est mon synonyme dans la vie ?
Je suis impair.
_ Clarice Lispector, Un souffle de vie (pulsations)
Trad. du portugais (Brésil) par J. et T. Thiériot
Ed. des femmes Antoinette Fouque
synesthésie | percevoir
[Roubaix - mars 2026]
lundi 16 mars 2026
Quand bien même
![]() |
| une envie entière |
j'ai l'impatience de vivre l'inconnu, de l'entendre
d'une manière ou d'une autre
révéler l'acte poétique et l'acte de vivre
les similitudes le son ultime
d'une langue en verbe
éparpillée
— vie, mort, renaissance —
remarquer, renaître n'est pas une nouveauté
c'est dire qu'il n'y a pas de véritable commencement
alors, je vais, je viens aux voies sensitives
détachée des sens uniques
mardi 3 mars 2026
L'eau monte - beaucoup
| en musique |
il s'enroule à la mémoire anarchique et sans défense
lorsque arrive un nouvel état affectif
pas seulement adverbe du tout de l'intensité
lire le mot c'est entendre le mouvement
et la vibration de son empreinte
un coup fourré
un coup franc
un coup fatal
vendredi 20 février 2026
Le prétexte
| aspérités |
d'abord la colère passagère
la même qui grandit et qui vieillit
dans les plis et l'impatience des doigts
le refus d'être à la superficie d'une matière
je déborde souvent quand je verse les mots
alors je fais ce qui est impossible autant qu'être
il n'y a pas de douleur facile dans l'étreinte des verbes
c'est vrai, ma voix intérieure m'exalte comme le risque
j'aime voir les cordes vocales en reliefs géographiques
et dans la pénombre il est difficile de reconnaître
cette fidélité de l'obsession de l'amour
samedi 14 février 2026
La fin de l'écriture
![]() |
| la persienne |
si elle n’écrit pas la main remue la nuit et avec elle tout est là - troublant les visages la chaleur l’odeur du sel dans le couloir au fond humide le nom de toutes les peaux qu'elle aime
quand une chose est dite elle est indélébile
parce qu'elle a touché l'infinitif du verbe
elle se fond aux faits du profond dedans
elle se cogne aux parois du doute
elle se dénude au sang
cette trace gravée
le long des doigts
la main ouverte et refermée
j'ai parlé sans ponctuation
la respiration bruyante
et toujours en souriant
vient l'immensité
de l’obscurité
je suis cette chose encore étreinte
en posant ma paume sur son ombre
en marchant à l'intérieur de moi
mais il doit être tard je ne vois plus rien
égarée dans le puits d'hier éblouie par le geste
ici la nuit invite le jour au drapeau rouge
au retournement du miroir des mots aurais-je écrit la mort dans un chuchotis ?
encore ...
et la main distille encore le miel noir de ma bouche une nuit dévoilée un jour égal et encore ce n'est rienmercredi 4 février 2026
La respiration du dahlia
J'ai pensé que nous avions des parents
pour nous permettre seulement de pouvoir les embrasser
et sentir leur odeur, pour le plaisir
_ Marguerite Duras, La vie tranquille
![]() |
| état civil |
je vous écris cette lettre du jardin de ma mère
de parler d'amour la nuit, je vous écris du rêve d'y être encore
est-ce sentir l'air d'un corps, est-ce l'écouter derrière sa faiblesse ?
il n'y a plus de lumière de plein été près des buissons épineux
les mauvaises raisons de la vieillesse m'ouvrent le ventre
il y a une odeur fraîche qui danse sur l'herbe du nombril
elle monte elle descend tous les accords des fleurs
elle ne sait plus courir à toujours chercher
l'évidence derrière les yeux pleureurs
je vois là l'horizon se tromper de jardin
comme l'incertitude de mes mots allongés
les ombres apparaissent avec l'odeur du temps
et le souffle mouillé contre le rêve blanchi
c'est le fol éveil de l'aurore tubéreuse
dimanche 25 janvier 2026
Irrésistiblement, les baies
Et pourtant il semble que déjà elle a pris possession du jour,
qu'elle s'insinue en lui, le fascine, l'altère,
devient le travail d'un autre jour.
_ Maurice Blanchot,
Celui qui ne m'accompagnait pas
Ed. Gallimard
| Mû | Montpellier - décembre 2017 |
j'ai rouvert la chambre des carnets, cette grande boîte géométrique, qui pourtant n'a la limite de l'espace que de ce que je veux en dire. dire pour ne pas atteindre la frontière d'une parole manquée. il est huit heures et ses minutes en miroir, je n'ai pas voulu me réveiller. je lève la main pour parler, c'est idiot. je ne désire plus, je désire toujours, c'est ma meilleure contradiction. quand j'entre dans la chambre, je vois les plus beaux moments de mes visages endormis, des noms silencieux. toujours personne à m'écouter, toujours la chanson au vent chaud ivre de sa sobriété. le mur de la chambre a aspiré les deux fenêtres du passé, je n'y peux lire maintenant que la confusion du coeur, la nuit, quand le choix devient une porte. dans le tremblement du rêve avant l'aurore, les visages apparaissent, effacés, mystérieux...
samedi 17 janvier 2026
Une si petite envie d'existence
[Roubaix - janvier 2026]
samedi 10 janvier 2026
À partir de la fin pour aller au commencement
D'incidents en accidents, de catastrophes en cataclysmes, la vie quotidienne devient un KALÉIDOSCOPE où nous affrontons sans cesse ce qui vient, ce qui survient inopinément, pour ainsi dire ex abrupto ... Dans le miroir brisé, il faut alors apprendre à discerner CE QUI ARRIVE, de plus en plus souvent, mais surtout de plus en plus rapidement, de manière intempestive, voire simultanée. Devant cet état de fait d'une temporalité accélérée qui affecte les mœurs, l'art aussi bien que la politique des nations, une urgence s'impose entre toutes : celle d'exposer l'accident du Temps.
_ Paul Virilio, L'accident originel
Ed. Galilée - coll. L'espace critique
| les éclats du miroir |
Vitesse des jours, du voyage la nuit, des perceptions
dans l'air imprévu d'une précision optique et dire que le temps presse
c'est en parcourant secrètement l'ombre de chaque mot et tout verbe d'âme
donner, façonner, chatonner, abandonner
moi à travers l'Autre, toi à travers l'image éloquente
ici, elle a tourbillonné à la première rosée d'un sourire
elle a laissé tomber une larme...
puis un océan goutte à goutte
sans style ni qualité aveuglante
à ce rien de grave qui la tient
jusqu'au frémissement
de l'accident
dimanche 4 janvier 2026
L'ennemie du mépris | Je suis ce qui me manque
![]() |
| tenir parole |
c'est exactement ce que je n'attendais pas
être au seuil d'une surprenante, profonde rêverie
l'innocence des larmes à laquelle je ne croyais plus
avec des éclats de rire que l'émotion illumine dans le giron de l'intime
l'amplitude d'une vérité, ce qu'elle retient sur le chemin de la lecture
la chair de l'ombre longtemps mûrie sous la mienne et qu'il faut écouter
toute la musique interdite mais sentie dans les yeux irresponsables
je peux dire que les années m'ont révélé le goût des formes particulières
avec la température du corps que les approches, les détours, l'art engendrent
— sais-tu comment se mesure la sincérité ?
parfois par des mots simples, j'ai nettoyé la cuisine de l'hypocrisie
des grands mets chauds puis froids devenus tièdes,
des couverts brûlants, leur mépris en reste
oui, je peux lever un jour et crier silencieusement au monde
du monde qui donne sa science aux jugements paralytiques
je comprends la jeune femme que j'étais, hors du cortège
celle qui n'entendait pas l'ordre de la négligence
je pense encore que " s'éviter " exige tout de soi
mais que les changements sont continus dans la marche
alors aller au-delà de soi
▫
J'étais ignorant et sot, démuni de tout, faible de toute la faiblesse du monde et encore affaibli de mon stupide orgueil et de ma volonté sauvage de rêver encore (pas même conscience de ma volonté de bête de rester dans le rêve), mais quelque chose en moi prévoyait où j'allais, me tenait sur mes gardes, m'obligeait à une absurde et sublime - oui, sublime - réserve, quelque chose qui me donnerait aujourd'hui envie de pleurer, de reconnaissance, devant cette infinie prévoyance, infiniment douce, attentive et tenace, et bornée, maternelle et bestiale, ma prévoyance à l'égard de moi-même, la profonde et farouche mère que j'étais à l'égard de moi-même comme fauve.
————
Rester pauvre et toujours ignoré.
[Fragments d'âme, 1938-1993]
extraits : p. 86 « Moraliste », en effet / p.94 Le drame d'écrire
La fabrique éditions










