_ Irene Solà
Je t'ai donné des yeux et tu as regardé les ténèbres
[roman Seuil, trad. du catalan par Edmond Raillard - p.45]
| le frottement |
I. disparaître
la forêt noire, la dévoration, les questions foulées, c'est pour se reconnaître
à l'épreuve et sans fin ultime, l'année charnue dans la distance d'être femme
la mère, la fille, putain de somme de fantômes, une pudeur loyale, arrachée
la mise-bas qui ne connaît pas la paix, c'est sa langue
au corps, elle prend garde à ne pas envoler les entailles
ça n'est pas qu'une parole, c'est son armure
fine fendue, la dignité depuis la naissance
II. refléter
si les cheveux sont en désordre
si l'automne du baiser s'est écoulé
l'attente en plein vacarme
la bouche observe
ah, la belle étoile !
III. jaillir
un bout de papier en matière d'amour
l'eau pleurait dans une belle robe
le manifeste d'une chose, sans arrêt !
et comme taraudée par l'obscurité, les mains sur le ventre
elle sentait les couleurs des iris, la fatalité de leurs morsures
l'eau est toujours là pour donner une contenance
entre les désaccords
ailleurs, en direction de l'aurore
il y a la nature de l'homme, sa fuite
et chaque petit son fait : tiens !
la fille, la mère, la sève ne veulent rien d'autre que la profondeur.
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