dimanche 25 janvier 2026

Irrésistiblement, les baies

   
Qui ne se libérerait de la profondeur d'un reflet ?
Et pourtant il semble que déjà elle a pris possession du jour,
qu'elle s'insinue en lui, le fascine, l'altère,
devient le travail d'un autre jour. 
              

            _ Maurice Blanchot,
Celui qui ne m'accompagnait pas
 Ed. Gallimard


                                          Mû | Montpellier - décembre 2017
                                           

j'ai rouvert la chambre des carnets, cette grande boîte géométrique, qui pourtant n'a la limite de l'espace que ce que je veux en dire. dire pour ne pas atteindre la frontière d'une parole manquée. il est huit heures et ses minutes en miroir, je n'ai pas voulu me réveiller. je lève la main pour parler, c'est idiot. je ne désire plus, je désire toujours, c'est ma meilleure contradiction. quand j'entre dans la chambre, je vois les plus beaux moments de mes visages endormis, des noms silencieux. toujours personne à m'écouter, toujours la chanson au vent chaud ivre de sa sobriété. le mur de la chambre a aspiré les deux fenêtres du passé, je n'y peux lire maintenant que la confusion du coeur, la nuit, quand le choix devient une porte. dans le tremblement du rêve avant l'aurore, les visages apparaissent, effacés, mystérieux...



samedi 17 janvier 2026

Une si petite envie d'existence


il vient un moment où l'on ne sait plus comment dire quelque chose de simple, souple et paisible, d'une profondeur folle qu'aucune parole n'a su habiter — on ne sent presque plus ce rythme léger sur le bout de la langue, à force d'essayer de parler — mais il vient toujours un moment avec tous ses défauts et ses fautes où on laisse faire une toute petite trace d'une grande sensibilité et cet essai devient l'écrit de la cause



tout est rien | c'est cela à peu près
[Roubaix - janvier 2026] 


samedi 10 janvier 2026

À partir de la fin pour aller au commencement

D'incidents en accidents, de catastrophes en cataclysmes, la vie quotidienne devient un KALÉIDOSCOPE où nous affrontons sans cesse ce qui vient, ce qui survient inopinément, pour ainsi dire ex abrupto ... Dans le miroir brisé, il faut alors apprendre à discerner CE QUI ARRIVE, de plus en plus souvent, mais surtout de plus en plus rapidement, de manière intempestive, voire simultanée. Devant cet état de fait d'une temporalité accélérée qui affecte les mœurs, l'art aussi bien que la politique des nations, une urgence s'impose entre toutes : celle d'exposer l'accident du Temps.  


              _ Paul Virilio, L'accident originel
                            Ed. Galilée - coll. L'espace critique


                                                                   les éclats du miroir


Vitesse des jours, du voyage la nuit, des perceptions
dans l'air imprévu d'une précision optique et dire que le temps presse 
c'est en parcourant secrètement l'ombre de chaque mot et tout verbe d'âme
donner, façonner, chatonner, abandonner 
moi à travers l'Autre, toi à travers l'image éloquente
ici, elle a tourbillonné à la première rosée d'un sourire
elle a laissé tomber une larme...
puis un océan goutte à goutte
sans style ni qualité aveuglante
à ce rien de grave qui la tient
jusqu'au frémissement 
de l'accident 


dimanche 4 janvier 2026

L'ennemie du mépris | Je suis ce qui me manque

 
                                                                            tenir parole

c'est exactement ce que je n'attendais pas
être au seuil d'une surprenante, profonde rêverie
l'innocence des larmes à laquelle je ne croyais plus  
avec des éclats de rire que l'émotion illumine dans le giron de l'intime
l'amplitude d'une vérité, ce qu'elle retient sur le chemin de la lecture
la chair de l'ombre longtemps mûrie sous la mienne et qu'il faut écouter
toute la musique interdite mais sentie dans les yeux irresponsables 
je peux dire que les années m'ont révélé le goût des formes particulières
avec la température du corps que les approches, les détours, l'art engendrent
sais-tu comment se mesure la sincérité ?

parfois par des mots simples, j'ai nettoyé la cuisine de l'hypocrisie
des grands mets chauds puis froids devenus tièdes,
des couverts brûlants, leur mépris en reste

oui, je peux lever un jour et crier silencieusement au monde
du monde qui donne sa science aux jugements paralytiques

je comprends la jeune femme que j'étais, hors du cortège
celle qui n'entendait pas l'ordre de la négligence 
je pense encore que " s'éviter " exige tout de soi
mais que les changements sont continus dans la marche
alors aller au-delà de soi 


J'étais ignorant et sot, démuni de tout, faible de toute la faiblesse du monde et encore affaibli de mon stupide orgueil et de ma volonté sauvage de rêver encore (pas même conscience de ma volonté de bête de rester dans le rêve), mais quelque chose en moi prévoyait où j'allais, me tenait sur mes gardes, m'obligeait à une absurde et sublime - oui, sublime - réserve, quelque chose qui me donnerait aujourd'hui envie de pleurer, de reconnaissance, devant cette infinie prévoyance, infiniment douce, attentive et tenace, et bornée, maternelle et bestiale, ma prévoyance à l'égard de moi-même, la profonde et farouche mère que j'étais à l'égard de moi-même comme fauve.

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                                                      Rester pauvre et toujours ignoré.
                                                                                     



_ Dionys Mascolo, Je suis ce qui me manque
[Fragments d'âme, 1938-1993]
extraits : p. 86 « Moraliste », en effet / p.94 Le drame d'écrire
                                                                                                   Présenté par Dỗ Văn Nghῖa et Julien Coupat
                                                                                                                       La fabrique éditions