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| tenir parole |
c'est exactement ce que je n'attendais pas
être au seuil d'une surprenante, profonde rêverie
l'innocence des larmes à laquelle je ne croyais plus
avec des éclats de rire que l'émotion illumine dans le giron de l'intime
l'amplitude d'une vérité, ce qu'elle retient sur le chemin de la lecture
la chair de l'ombre longtemps mûrie sous la mienne et qu'il faut écouter
toute la musique interdite mais sentie dans les yeux irresponsables
je peux dire que les années m'ont révélé le goût des formes particulières
avec la température du corps que les approches, les détours, l'art engendrent
— sais-tu comment se mesure la sincérité ?
parfois par des mots simples, j'ai nettoyé la cuisine de l'hypocrisie
des grands mets chauds puis froids devenus tièdes,
des couverts brûlants, leur mépris en reste
oui, je peux lever un jour et crier silencieusement au monde
du monde qui donne sa science aux jugements paralytiques
je comprends la jeune femme que j'étais, hors du cortège
celle qui n'entendait pas l'ordre de la négligence
je pense encore que " s'éviter " exige tout de soi
mais que les changements sont continus dans la marche
alors aller au-delà de soi
▫
J'étais ignorant et sot, démuni de tout, faible de toute la faiblesse du monde et encore affaibli de mon stupide orgueil et de ma volonté sauvage de rêver encore (pas même conscience de ma volonté de bête de rester dans le rêve), mais quelque chose en moi prévoyait où j'allais, me tenait sur mes gardes, m'obligeait à une absurde et sublime - oui, sublime - réserve, quelque chose qui me donnerait aujourd'hui envie de pleurer, de reconnaissance, devant cette infinie prévoyance, infiniment douce, attentive et tenace, et bornée, maternelle et bestiale, ma prévoyance à l'égard de moi-même, la profonde et farouche mère que j'étais à l'égard de moi-même comme fauve.
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Rester pauvre et toujours ignoré.
[Fragments d'âme, 1938-1993]
extraits : p. 86 « Moraliste », en effet / p.94 Le drame d'écrire
La fabrique éditions

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