lundi 30 décembre 2019
Era ( la boucle )
L'écriture comme un dessein blanc.
Je lève la tête dans le ciel de nuit.
J'aperçois l'exception de l'éloquence.
Ses doigts gauches si différents.
La phase de la lune sourit.
Et le galbe des lettres danse.
vendredi 20 décembre 2019
De la vie par Balzac ( enjambement silencieux )
DE LA VIE ÉLÉGANTE.
I.
Le but de la vie civilisée ou sauvage produit le repos.
II.
Le repos absolu produit le spleen.
III.
La vie élégante est, dans une large acception, l'art d'animer le repos.
IV.
L'homme habitué au travail ne peut comprendre la vie élégante.
V.
Corollaire. Pour être fashionable, il faut jouir du repos sans avoir passé par le travail, autrement gagner un quaterne, être fils de millionnaire, prince, sinécuriste ou cumulard.
DE LA VIE D'ARTISTE.
L'artiste est une exception : son oisiveté est un travail, et son travail est un repos ; il est élégant et négligé tour à tour : il revêt à son gré la blouse du laboureur, et décide du frac porté par l'homme à la mode, il ne subit pas de lois : il les impose. Qu'il s'occupe à ne rien faire, ou médite un chef d'oeuvre, sans paraître occupé ; qu'il conduise un cheval avec un mors de bois, ou mène à grandes guides les quatre chevaux d'un britchka ; qu'il n'ait pas vingt-cinq centimes à lui, ou jette de l'or à pleines mains, il est toujours l'expression d'une grande pensée et domine la société.
[...]
§ 1er.
PRINCIPES OECUMENIQUES DE LA TOILETTE.
Les gens qui s'habillent à la manière du manouvrier, dont le corps endosse quotidiennement, et avec insouciance, la même enveloppe, toujours crasseuse et puante, sont aussi nombreux que ces niais allant dans le monde pour n'y rien voir, mourant sans avoir vécu, ne connaissant ni la valeur d'un mets ni la puissance des femmes, ne disant ni un bon mot ni une sottise.
Mais, « mon Dieu, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font ! »
S'il s'agit de les convertir à l'élégance, pourront-ils jamais comprendre ces axiomes fondamentaux de toutes nos connaissances ?
XI.II
La brute se couvre, le riche ou le sot se pare, l'homme élégant s'habille.
XI.III
La toilette est, tout à la fois, une science, un art, une habitude, un sentiment.
_ Honoré de Balzac, Traité de la vie élégante. 1854
photos : Pitti Immagine Florence . 2019
mardi 17 décembre 2019
La grève
on se blesse
étroitement
à définir
la place creuse
un sentiment
la vague comble
est plus forte
du fond de nous
excitation et marche
la vague ponctuée
d'une injonction
vents non alignés
sur la bouche
mais
du malaise
du sol sableux
on se redresse
et en bordure
des mots
toujours
froids
entendons-nous !
sur la trajectoire
les hautes sensations
sont comme calligraphiées
le coeur entraînant
la voie secrète
ne rien voirhors du doute
du fond
de nous
foule la place immortelle !
du fond
de nous
foule la place immortelle !
lundi 2 décembre 2019
" Nie Wieder Krieg " ( plus jamais la guerre )
![]() |
statue de Käthe Kollwitz
Kollwitzplatz, Prenzlauer Berg
Berlin - 31 Juli 2019
|
d'une même histoire captive, d'une même main, naissent des textes différents. D'année en année, d'heure en heure, la perception des choses bouge, si mobile en soi. Elle gravite vers l'extérieur comme un astre prêt à percer la croûte terrestre. Elle sait être atome irréductible sous le déhanchement des mots. Elle a ce pouvoir d'éclipse dans la jeunesse des doutes et lune rayonnante à l'âge mature. Elle note le délire qu'elle rature d'un léger coup de cils, et parfois le délire reste sous la frange.
Mais ce jour-là, les paupières se sont déchaînées, les mains ont crevé les ombres busquées aux arbres, tout un square est apparu lieu paisible face au ventre combattant d'une mère
samedi 23 novembre 2019
Sous cape
un excès d'images
dans une illusion
le feutre entre les doigts
sous cape comme ces doigts
qui murmurent jusqu'à la nuit
ce qui s'accélère à chaque lever
nourrit l'imagination impatiente
rompt avec l'invisible
parce que demain est illisible
entendre les doigts qui s'étirent
jusqu'à ce que la force s'emballe
tout comme
un excès de formules
que la mémoire protège
et sous cape l'inspiration
pour la musique qui se mange crue
mais de plus vive protestation
aux soi-disant génies
des marches
à suivre
aujourd'hui
l'air s'échappe
des excès écrits
et toute l'intensité
des promenades intérieures
ramasse les feuilles blanches
dans une illusion
le feutre entre les doigts
sous cape comme ces doigts
qui murmurent jusqu'à la nuit
ce qui s'accélère à chaque lever
nourrit l'imagination impatiente
rompt avec l'invisible
parce que demain est illisible
entendre les doigts qui s'étirent
jusqu'à ce que la force s'emballe
tout comme
un excès de formules
que la mémoire protège
et sous cape l'inspiration
pour la musique qui se mange crue
mais de plus vive protestation
aux soi-disant génies
des marches
à suivre
aujourd'hui
l'air s'échappe
des excès écrits
et toute l'intensité
des promenades intérieures
ramasse les feuilles blanches
jeudi 14 novembre 2019
Les années d'Annie Ernaux │ Les gestes et les pots
Hors des récits, les façons de marcher, de s'asseoir, de parler et de rire, héler dans la rue, les gestes pour manger, se saisir des objets, transmettaient la mémoire passée de corps en corps du fond des campagnes françaises et européennes. Un héritage invisible sur les photos qui, par-delà les dissemblances individuelles, l'écart entre la bonté des uns et la mauvaiseté des autres, unissait les membres de la famille, les habitants du quartier et toux ceux dont il était dit ce sont des gens comme nous. Un répertoire d'habitudes, une somme de gestes façonnés par des enfances aux champs, des adolescences en atelier, précédées d'autres enfances, jusqu'à l'oubli :
manger en faisant du bruit et en laissant voir la métamorphose progressive des aliments dans la bouche ouverte, s'essuyer les lèvres avec un morceau de pain, saucer l'assiette si soigneusement qu'elle pourrait être rangée sans lavage, taper la cuiller dans le fond du bol, s'étirer à la fin du dîner. Se débarbouiller seulement la figure chaque jour et le reste selon le degré de saleté, les mains et les avant-bras après le travail, les jambes et les genoux des enfants les soirs d'été, le lavage en grand réservé aux fêtes empoigner les choses avec force, claquer les portes. Faire tout avec brusquerie, qu'il s'agisse d'attraper un lapin par les oreilles, donner un bécot, serrer un enfant dans son giron. Les jours où le torchon brûle, entrer et sortir, bouger les chaises marcher à longues enjambées en balançant les bras, s'asseoir en se jetant dans le siège, les vieilles femmes en enfonçant le poing au creux du tablier, se relever en décollant d'une main rapide la jupe restée dans les fesses pour les hommes, l'usage continuel des épaules transportant la bêche, des planches et des sacs de pommes de terre, les enfants fatigués au retour de la foire pour les femmes, des genoux et des cuisses coinçant le moulin à café, la bouteille à déboucher, la poule qu'il faut égorger dont le sang goutte dans la cuvette parler fort et de façon grondeuse en toutes circonstances,
comme s'il avait fallu se rebiffer contre l'univers depuis toujours.
_ Annie Ernaux, Les Années
![]() |
| sans titre - les pots |
manger en faisant du bruit et en laissant voir la métamorphose progressive des aliments dans la bouche ouverte, s'essuyer les lèvres avec un morceau de pain, saucer l'assiette si soigneusement qu'elle pourrait être rangée sans lavage, taper la cuiller dans le fond du bol, s'étirer à la fin du dîner. Se débarbouiller seulement la figure chaque jour et le reste selon le degré de saleté, les mains et les avant-bras après le travail, les jambes et les genoux des enfants les soirs d'été, le lavage en grand réservé aux fêtes empoigner les choses avec force, claquer les portes. Faire tout avec brusquerie, qu'il s'agisse d'attraper un lapin par les oreilles, donner un bécot, serrer un enfant dans son giron. Les jours où le torchon brûle, entrer et sortir, bouger les chaises marcher à longues enjambées en balançant les bras, s'asseoir en se jetant dans le siège, les vieilles femmes en enfonçant le poing au creux du tablier, se relever en décollant d'une main rapide la jupe restée dans les fesses pour les hommes, l'usage continuel des épaules transportant la bêche, des planches et des sacs de pommes de terre, les enfants fatigués au retour de la foire pour les femmes, des genoux et des cuisses coinçant le moulin à café, la bouteille à déboucher, la poule qu'il faut égorger dont le sang goutte dans la cuvette parler fort et de façon grondeuse en toutes circonstances,
comme s'il avait fallu se rebiffer contre l'univers depuis toujours.
_ Annie Ernaux, Les Années
vendredi 8 novembre 2019
Infusion
je me suis drapée
aux fumées chaleureuses
et je n'ai pas bougé
la tête basse
j'ai étreint l'odeur qu'ont les paroles
et j'ai chanté l'air de leurs volutes
mais sans dessus sans dessous
ce n'est qu'un bruit d'organe
j'ai pourtant essayé de dépeindre
la courbe vertigineuse du signe
mais dedans ou dehors
personne n'entend
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