― Le non-lieu Roubaix 05 octobre 2025
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avec la fidélité des mots
derrière l'infidélité des liens
sous les illusions des choses, les choses de parole
je renonce
je veux l'automne sans discuter
m'émerveiller de l'affection indiscutable qu'ont les chats
mourir follement sous ma langue
j'ai perdu ma peau plusieurs fois
je la sens je la vois de l'autre côté du verbe
plusieurs fois trouvée entre encore et toujours
j'aurais passionnément dit
et de toutes les tonalités
le cri à voie basse
un chrysanthème dans la bouche
faut-il caresser le contraire à chaque émotion touchée ?
revêtir la robe d'un nouveau doute
une robe longue jusqu'aux racines
taraudée comme une roche
d'une urgence d'une violence
d'une extrême douceur
des actes infléchis
j'étreins le désert
dépiautée
« Tout avait commencé la veille. Je venais de lire Savoir.
Et avant de fermer les yeux pour céder au sommeil, je me laissai envahir,
comme on dit, doucement, dans la douceur, par un souvenir d'enfance,
un vrai souvenir d'enfance, l'envers d'un rêve, et là je ne brode plus. »
_ Jacques Derrida, Un vers à soie
Points de vue piqués sur l'autre voile
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| quatre-vingt deux mots |
Tu ne trouveras pas les limites de l'oubli, si loin que tu puisses oublier.
_ Maurice Blanchot, L'attente, l'oubli
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| le dialogue |
elle est partie un matin puis elle est revenue des années plus tard, l'interroger sur sa vie. Peut-être trois ou quatre questions derrière des heures infinies de tension et d'ivresse. À la recherche d'un commencement, telle Eurydice arrachée des enfers, elle est tombée dans la vérité. Par la franchise du regard, il y a sans cesse la clairvoyance et une proposition intense — la nudité de l'Autre aussi. Comment elle a pu voir son visage sans connaître ses yeux. Au nom du destin, elle l'a appelé " visage " et c'est un mystère. Ce qui a été au plus loin d'elle, ce qui est encore — radical, indestructible pourtant filamenteux, totalement intérieur. Que toute lumière absente, invoquée et qui ne sait pas, rappelle l'expérience du non pouvoir ou d'un tout pouvoir de la limite mouvante. Ce vide impressionnnant dans la figure déshabillée.
Pendant plusieurs jours, la piqûre de l'humiliation lui a brûlé la langue, elle n'a pas arrêté de parler. Comme s'il fallait mourir plusieurs fois avec le chant des flammes du langage.
... quelques minutes vives pour enjamber le train. Elles partent voir Cirrus, qui lui, les observe depuis le pont-route. Rien ne les destine au souvenir. Sont-elles entières dans un tout en dehors et sans dedans ? Elles arpentent le chemin comme un perpétuel à venir, un long chemin des yeux du haut puis du bas des rails. La vie recommence sur des lignes en rupture. L'une exprime sa surprise, l'écriture est parfois vide. Celles qui se regardent, énumérent les cruautés du monde. Elles touchent les âmes étourdies. Dans l'éclat du détour, il y a le retour de l'absence. Tout revient, alors, mais pour que chaque histoire soit autre chose que l'histoire du passé.
j'entends leur respiration derrière les efforts qu'elle déploie
contre le besoin irrépressible, le devoir déchirant
la lumière cogne sur leurs tissus
sans contresens
carnet / photographies : " l'interdite " & autoportrait K.D
― Villetaneuse - Paris, 31 août 2025
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| la faille et la parole |
c'est là — toujours tremblerdu sentiment d'incompréhensiondans l'approche attentive au sensibletenter encore l'adresse d'un langagel'épreuve intime de se perdre et avanceravec ardeur à l'intérieur d'une lutteécrire d'un rien à plus profondrecommencer la parole de maintenantet comment dire c'est parler en languesl'une, l'autre, l'entre-deux, l'écart tuouvrir les lèvres et s'échapper de soiet plusieurs mots au-dessous du silenceparler et écrire comme l'écume de la nuit
est-ce que la bouche appartient à quelqu'un ?
je disparais d'un scintillementje deviens l'absence lunairetoute à toinon à toitoute à vousles palpitations étrangères
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La forêt et la rivière — elles nageaient devant moi
tandis que je nageais dans l'eau
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Franz Kafka, Cahiers in-octavo
[Cahier E août-septembre 1917. Bibliothèque Rivages]
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| La Scarpe |
dans l'indifférence, la différence est née
une main, un genou, un sexe qu'elle est seule à vivre
je sais, sans certitude, qui elle est, naturellement exubérante
une rivière sépare le corps en deux, un véritable fossé
au soleil, le silence l'invite au combat, l'éternité !
le soir, le diabolique quitte l'héroïsme
le lendemain, l'autre monde est inchangé
il y a deux sortes de vérité, présentée par les arbres
elle explique comment ils attendent le chemin
la vérité d'ici, celle de là, un signe de la main
la maison du père cachée sur le visage
le chaos de la mère glissé dans la voix
elle vogue à la rencontre d'un reste de croyance
les étoiles ne vivent pas le jugement du jour
écrire sur sa poitrine que le chemin est infini