vendredi 20 février 2026

Le prétexte


                                                                                   aspérités


d'abord la colère passagère 
la même qui grandit et qui vieillit 
dans les plis et l'impatience des doigts 
le refus d'être à la superficie d'une matière
je déborde souvent quand je verse les mots
alors je fais ce qui est impossible autant qu'être
il n'y a pas de douleur facile dans l'étreinte des verbes
c'est vrai, ma voix intérieure m'exalte comme le risque 
j'aime voir les cordes vocales en reliefs géographiques
et dans la pénombre il est difficile de reconnaître
cette fidélité de l'obsession de l'amour



samedi 14 février 2026

La fin de l'écriture


                                                                              la persienne

si elle n’écrit pas  la main remue la nuit et avec elle tout est là - troublant les visages la chaleur l’odeur du sel dans le couloir au fond humide le nom de toutes les peaux qu'elle aime

quand une chose est dite elle est indélébile parce qu'elle a touché l'infinitif du verbe elle se fond aux faits du profond dedans elle se cogne aux parois du doute elle se dénude au sang cette trace gravée le long des doigts la main ouverte et refermée j'ai parlé sans ponctuation la respiration bruyante et toujours en souriant
vient l'immensité de l’obscurité

je suis cette chose encore étreinte en posant ma paume sur son ombre en marchant à l'intérieur de moi
mais il doit être tard je ne vois plus rien égarée dans le puits d'hier éblouie par le geste
ici la nuit invite le jour au drapeau rouge

au retournement du miroir des mots aurais-je écrit la mort dans un chuchotis ?


encore ...

et la main distille encore le miel noir de ma bouche une nuit dévoilée un jour égal et encore ce n'est rien

mercredi 4 février 2026

La respiration du dahlia


J'ai pensé que nous avions des parents
pour nous permettre seulement de pouvoir les embrasser
et sentir leur odeur, pour le plaisir 

_ Marguerite Duras, La vie tranquille


                                                                                    état civil


je vous écris cette lettre du jardin de ma mère
de parler d'amour la nuit, je vous écris du rêve d'y être encore
est-ce sentir l'air d'un corps, est-ce l'écouter derrière sa faiblesse ?
il n'y a plus de lumière de plein été près des buissons épineux
les mauvaises raisons de la vieillesse m'ouvrent le ventre
il y a une odeur fraîche qui danse sur l'herbe du nombril
elle monte elle descend tous les accords des fleurs 
elle ne sait plus courir à toujours chercher
l'évidence derrière les yeux pleureurs

je vois là l'horizon se tromper de jardin
comme l'incertitude de mes mots allongés 
les ombres apparaissent avec l'odeur du temps
et le souffle mouillé contre le rêve blanchi
c'est le fol éveil de l'aurore tubéreuse