dimanche 19 novembre 2023

Nocturne │parole anatomique (extrait)

mon cœur habillé de noir
parle à l'infini
et d'un instinct, oui !
noir cérémonie

crève la beauté
crève le sentiment
crève de dire

mon cœur qui bat, vrai sur ces mots
comme le corps au rythme de la féline
musique entraînée au désir
bornée, charnue

noir qui bat vite ……… noir velouté,
bouleversement du hasard dans un ensemble
où envers et endroit comme ombre et lumière
s'accordent dans un mortel retournement
murmure d'une malice platine 

le battement indomptable
sa chemise ouverte

noir profond des confins
que ton rebord éclaire

dis-moi comment disparaître dans l'intimité du corps !

une noce pour toi chaque matin,
secouée par le vent et la pluie de mes paupières
descend - descend - veut - ne retient - anime - touche,
remonte le cou, la nuque, le pavillon chaud

au centre d'une brune qu'un nom s'invite
répandue par un petit coup sec

 

                                                                    Archive - Gold 
                                              [Album : Call to Arms & Angels | 2022]


samedi 14 octobre 2023

The colours of Shy

 

  

L'herbe du pré murmure.

La lune le suit à la trace. Le juge.

Respirer encore.
Un, deux, trois. Par les collines et les vallées de ses mains froides. 
Quatre et cinq, retour, souffler.

[...]

Bruit de phalanges qui se plient et craquent dans son esprit.
[...]

La nuit est pleine de sillages lumineux brisés de ces souvenirs où les gens se mélangent, comme s'il avait gobé quelque chose sauf qu'il est cent pour cent clair, il se balade en enfilant les souvenirs.

Shy fait des rêves extrêmement troublants, mais nous expérimentons plusieurs stratégies, des mécanismes d'adaptation, des astuces pour que les nuits se passent mieux, n'est-ce pas Shy ?


Il pense à la cassette dans son Walkman et au spliff dans sa poche.
Il est excité. Résolution. Fumée.
Production chiadée. Élévation. Intimité. Maîtrise. Il parle tout seul, saute d'un accent à l'autre : Sur le beat on met le feu, donne au public ce qu'il attend, la basse qui sonne et qui assomme, dédicace au crew de la Dernière Chance, c'est pour tous les massives qui marchent la nuit, big up au sac à dos, c'est le son du Shywalker à toute heure, je viens te faire peur je sème la terreur. La montée, la tension, et tout au fond la vibration. Bonjour monsieur, je peux faire quelque chose pour vous ? Tout ce que tu veux mon pote. Ouais frangin, tout pour mes rudeboys. Jazzy, chaud, propre et trippé, et un putain de bruit métallique de cauchemar, ha ha n'importe quoi. Shy se marre. Ça te plaît hein ? Voix house chanmée, pur ragga, de la bombe. Fluide, incisif, agressif. Pas un pet'de gras, jouissif. Ha ha. La plus belle invention britannique depuis la machine à vapeur ?
Le futur nous appartient, 95 peur de rien.

[...]

Emporté.

Le pré est toujours parfaitement immobile et pourtant il semble être plus proche et l'enserrer, l'envelopper. Bloc de nuit qui progresse avec lui, respire quand il respire. Tout n'est que lisière pressante. Densité envahissante.

Shy préfère ne pas penser à ce qui pourrait être tapi non loin.




« Like a person devoured / animal that's in him / skin ? on him ?
trapping him / 
Shy’s inside, but the skin is also him,
so angry, so true. 
I’m almost envious. »



_
Max Porter, Shy 
traduit de l'anglais par Charles Recoursé
[Éditions du sous-sol
]


photos K.D :
# anything you want - yallah habibi 
― London novembre 2018 
# Shy ―  Roubaix octobre 2023





jeudi 5 octobre 2023

J'appartiens maintenant à la nuit


Tu me tues mais mon visage
te restera figé
dans le regard.
Tranchant. Dans les nuits
pleureront tes paupières 
clouées.


   _ Goliarda Sapienza, Ancestrale



                                                                f.a.b le miroir




le poème est mort, la nuit seule sait que je t'ai aimé

verser de l'eau sur ton silence
mouiller l'empreinte de ton rire sur mon ventre
écrire l'arrêt —  les mots ne trouveront plus l'oreille
maintenant je vois ta rivière autrement qu'un puits 
dans le couloir de mon attente 
rappelle-toi aussi la pluie
comment lit et soupir
libèrent les flots

qui es-tu mon poème ?
éblouie par mes pensées
ouverte en toi je glisse
dans les plis du suaire
devenue aussi muette  
et non-voyante 
tout au fond
de la nuit

mais est-il possible de taire
le bois de ton regard
ton ombre géante
tes mains reconnaissables
dans le mouvement de la lune ?

pour toutes les images que j'ai affleurées
le chant du crépuscule dans mes veines
savoir à l'aube que les mots ont existé
résisté —éprouvé— saigné 


les larmes ta chaleur tombent
une gorgée d'eau entre les raies que fait la lune
le poème est mort et ma peau avec toi



jeudi 21 septembre 2023

La Peau fragile du monde │ Kardo ou [apo tè kardias]

                                                            kardo ou [apo tè kardias]
 

 Qu'il soit à chaque instant possible d'éprouver
ma peau comme la peau du monde
et le monde comme l'entretissage
de toutes nos visions respirations
tâtonnements pressions
le retentissement des chants des rumeurs des scansions
et toujours aussi bien de rencontrer
l'obscurité l'épaisseur mate le silence l'inertie
tout comme la caresse et la peine

ma paume et l'eau de l'océan
ma déchirure et celle d'un visage défiguré
ma solitude et les foules affairées
les égarés les émigrés les affamés

mon peu touchant à l'abondance des façons 
des gestes des désirs

que cela soit encore possible
et que les peaux se prennent
se déprennent se délacent suent
se mouillent se sèchent
se tatouent se complaisent s'écorchent
se troublent s'interdisent s'interprètent

sans se résoudre en interfaces
connectées interactives
dans la programmerie d'un gros animal-machine ?

est-ce trop demander — déjà ?




_ Jean-Luc Nancy, La Peau fragile du monde
extrait p.150/151 : VII La peau fragile du monde *
* Conférence donnée au Festival di filosofia de Modène (Italie)
[Éditions Galilée - collection La philosophie en effet]




dimanche 17 septembre 2023

Est-ce que je te garde si je te touche ?


il est apparu dans la torpeur de la nuit, la langue natale en hélice,
souffleur d'étoiles implacable quand vient la fin des doutes
le geste lent croissant dans la fertile obscurité

pour elle, il a taillé dans le ciel, l'aube et sa fissure
il ne savait rien de l'allégresse des chutes d'eau
de concrétion en concrétion, il a atteint la source
l'écoulement créateur sous la voûte d'un noir d'encre
il a étreint l'existence, longuement, jusqu'à la substance

et elle, du désir vertigineux pareil à la sommité d'être
laissant la vie la prendre après le vide et la pesanteur
rougissement et émerveillement criant - la vie, la vie !
elle bascule en elle-même ouverte au cours des choses


                                                                          entrelacs

                                       une histoire profonde commence ainsi
                      insolente au regard du monde sensuellement intouchable
                                     l'imposition d'un élan total sur ses tissus



samedi 9 septembre 2023

Transir ⌠les mots gorgés de silence⌡


je suis la faille 
la force par le cri du désir 
je suis vulnérable à l'intuition

souvent
le nez appelle mes lèvres
   une musique inconnue émane du sol   
rien ne tient à rien et en ombre dressée
je bois la vie jusqu'à la lie 

                                                  à la place

derrière la paroi fragile
des yeux immenses m'observent
ils me pénètrent par des éclats de prières
mais l'un après l'autre je les expulse 
quelque part dans un commencement    

il reste le corps dans l'autre corps
la faiblesse liée de leurs sens 
que tout en moi délivre


 la nuit aspire


dans le noir 
un jasmin étoilé s'expose     
céleste et volubile comme le mensonge   
à son parfum l'on peut lire le piège des mots   
il console de la dureté du vide

je suis seule 
dans la pièce écrite
comme la fleur grimpante
je persiste au désordre

                                                           la ligne blanche   

je suis celle qui aimait la nuit
je suis la bouche souterraine 


Il faut apprendre à écrire avec des mots gorgés de silence.


      _ Edmond Jabès, Je bâtis ma demeure
[poèmes 1943-1957]



dimanche 3 septembre 2023

Un tremblement


je quitte le temps, les images mouvantes de ce temps 
le corps exclu, tranchant retranché du souvenir, j'entre en profondeur
presque inatteignable dans l'intimité vivante de ma disparition


ouverte et secrète sur la douleur médiane, le regard indivisé
j'aime la pointe impatiente que je sens non loin
l'écrit prend l'aiguille dans ma bouche
il fait saliver le grain de ma peau
le bruit est réel - sauvage 


                                moïra - autoportrait 


dans une parcelle de pensées, je remue
là, en moi-même à tremper les battements de ma langue
une fine membrane du ventre se détache de « nous »
« nous » qui s'écoule du temps et de l'amour gardé
la pulsation de mon corps est irréversible

qu'y a-t-il encore à accorder au rythme interdit ?
la question me regarde et me soulève

le doute embrassé, je fais boire l'étoffe de ma bouche
silence peuplé de signes que le désir me rappelle la nuit 
au fond, quelle sublime tragédie d'être dans l'eau !